Les revues prédatrices, un problème mondial : Une étude publiée dans la revue Nature révèle que le problème existe aussi dans les pays à revenus élevés

le 6 septembre 2017

Une vaste étude publiée dans la revue Nature montre que contrairement à la croyance populaire, la majorité des articles (57 %) publiés dans des revues biomédicales présumées prédatrices proviennent de pays à revenu élevé ou moyen-supérieur et que bon nombre sont affiliés à des établissements prestigieux.

Il y a actuellement environ 8 000 revues prédatrices qui publient collectivement plus de 400 000 études de recherche chaque année, alors qu’elles étaient largement inconnues il y a une décennie. Elles publient rapidement les résultats d’études, en général à un coût inférieur à celui d’une revue sérieuse, sans effectuer de contrôle de la qualité comme une évaluation par des pairs. Il est aussi difficile de faire une recherche dans ces revues, ce qui signifie que les professionnels de la santé et les chercheurs peuvent rarement tirer parti des données qui y sont publiées.

Des chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa et de l’Université d’Ottawa ont analysé 1 907 articles scientifiques publiés dans 220 revues biomédicales présumées prédatrices qu’ils ont sélectionnées de façon aléatoire à partir des listes controversées, mais bien connues, compilées par Jeffrey Beall, libraire à l’Université du Colorado.

Ils ont constaté que les auteurs provenaient principalement de l’Inde (27 %), des États-Unis (15 %), du Nigeria (5 %), d’Iran (4 %) et du Japon (4 %). L’organisme américain National Institutes of Health était le subventionnaire le plus souvent mentionné dans les quelques articles qui en faisaient mention.

« Notre étude montre que contrairement à la croyance populaire, les revues prédatrices ne constituent pas seulement un problème dans les pays à faible revenu », affirme David Moher, Ph.D., principal auteur de l’étude, scientifique principal à L’Hôpital d’Ottawa et professeur agrégé à l’Université d’Ottawa au Canada. « Les revues prédatrices publient les études de scientifiques du monde entier, y compris ceux affiliés à de prestigieux établissements situés dans des pays à revenu élevé. »

Les auteurs font toutefois remarquer que leurs résultats devraient être interprétés en tenant compte de la production scientifique globale de chaque pays et établissement. Par exemple, les États-Unis publient plus d’études que tout autre pays, et ce, principalement dans des revues sérieuses.

Les chercheurs ont aussi tenté d’évaluer la qualité des articles publiés dans les revues présumées prédatrices en utilisant des versions adaptées de listes de vérification largement reconnues.

« Même si la qualité peut laisser à désirer même dans les revues sérieuses, nous avons constaté que la situation est vraiment plus alarmante dans les revues présumées prédatrices », explique Larissa Shamseer, doctorante à l’Université d’Ottawa et coauteure de l’étude. « Par exemple, les essais cliniques publiés dans les revues prédatrices sont beaucoup moins susceptibles d’indiquer les renseignements sur l’approbation par un comité d’éthique, le recrutement des participants et la répartition dans les groupes de traitement. Les autres chercheurs ont pourtant besoin de connaître ces détails pour juger de la validité des résultats. »

« Nous estimons que des données sur des millions de patients et d’animaux pourraient être enfouies dans des revues prédatrices », souligne le Dr Manoj Lalu, scientifique adjoint et anesthésiologiste à L’Hôpital d’Ottawa, professeur adjoint à l’Université d’Ottawa et coauteur de l’étude. « Les lecteurs, y compris les professionnels de la santé à la recherche de données scientifiques pour orienter les soins aux patients, ne peuvent pas retracer la plupart de ces données. »

Les chercheurs ont également dressé la liste des principaux établissements qui publient dans les revues présumées prédatrices sélectionnées et ont tenté de communiquer avec les auteurs des articles. Sur les 87 courriels envoyés, 18 réponses ont été obtenues. Seulement deux auteurs ont dit savoir qu’ils avaient publié dans une revue possiblement prédatrice.

Conscient de l’importance d’aider les chercheurs à publier leurs résultats de façon transparente et à éviter les revues prédatrices, M. Moher a fondé en 2015 le Centre de journalologie à L’Hôpital d’Ottawa. Le centre est doté d’une agente de publications présente à temps plein qui offre de la formation et des consultations aux chercheurs de L’Hôpital d’Ottawa et de ses partenaires.

« Certaines revues prédatrices sont passées maîtres dans l’art d’avoir l’air sérieuses », affirme Kelly Cobey, Ph.D., agente de publications à L’Hôpital d’Ottawa, professeure auxiliaire à l’Université d’Ottawa et coauteure de l’étude. « Nous devons renseigner les chercheurs à ce sujet. »

Mme Cobey a d’ailleurs décrit l’expérience de trois chercheurs d’Ottawa avec des revues prédatrices dans un article publié dans la revue Nature.

L’équipe a aussi créé les ressources suivantes pour éclairer les chercheurs :

« Éliminer les revues prédatrices et améliorer la façon dont les résultats de recherche sont publiés pourrait permettre d’améliorer grandement la santé, ajoute M. Moher. Les organismes subventionnaires, les établissements, les chercheurs et les éditeurs doivent collaborer pour s’attaquer au problème. »

Le Centre de journalologie est financé par les généreux dons faits à L’Hôpital d’Ottawa, ainsi que par les contributions d’autres partenaires.

Photo : Kelly Cobey, David Moher, Manoj Lalu et Larissa Shamseer

Renseignements connexes
Référence complète : « Stop This Waste of People, Animals And Money », publié dans le numéro du 7 septembre 2017 de la revue Nature dans la section des commentaires. En plus de David Moher, de Larissa Shamseer, de Manoj Lalu et de Kelly Cobey, les autres coauteurs de L’Hôpital d’Ottawa et de l’Université d’Ottawa sont Nadera Ahmadzai, Mostafa Alabousi, Marc T. Avey, Pauline Barbeau, Andrew Beck, Raymond Daniel, Robert Frank, James Galipeau, Mona Ghannad, Candyce Hamel, Mona Hersi, Brian Hutton, Trevor A. McGrath, Matthew D.F. McInnes, Misty Pratt, Kusala Pussegoda, Beverley Shea, Anubhav Srivastava, Adrienne Stevens, Inga Isupov, Kednapa Thavorn, Sasha van Katwyk, Roxanne Ward, Dianna Wolfe, Fatemeh Yazdi, Ashley M. Yu et Hedyeh Ziai. Matthew J. Page de l’Université Monash (Australie) est aussi l’un des coauteurs. Mona Ghannad est aussi affiliée à l’Université d’Amsterdam (Pays-Bas) et à l’Université Paris Descartes (France). Kelly Cobey est aussi affiliée à l’Université de Stirling (Écosse).

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