Percée pour la sclérose en plaques : remplacer le système immunitaire interrompt l’évolution et favorise la réparation

le 9 juin 2016

Selon un essai clinique, combiner la chimiothérapie et le traitement par cellules souches sanguines serait à envisager pour les personnes au stade précoce d’une sclérose en plaques agressive

Un essai clinique publié dans la prestigieuse revue médicale The Lancet montre qu’une intervention intensive visant à supprimer entièrement le système immunitaire et à en régénérer un nouveau avec des cellules souches sanguines peut faire disparaître tout signe d’inflammation cérébrale nocive chez les personnes qui en sont au stade précoce d’une sclérose en plaques agressive et peut même faciliter un rétablissement durable.

Mené par le Dr Harold Atkins et le Dr Mark S. Freedman à L’Hôpital d’Ottawa et à l’Université d’Ottawa, l’essai englobait 24 participants qui ont été suivis pendant jusqu’à 13 ans. Cet essai de 6,47 M$ a été financé par la Société canadienne de la sclérose en plaques et la Fondation pour la recherche scientifique sur la sclérose en plaques qui lui est affiliée. Il a aussi reçu l’appui de la Fondation de l’Hôpital d’Ottawa, du Département de médecine de L’Hôpital d’Ottawa et de la Société canadienne du sang.

Messages clés pour les personnes qui ont la sclérose en plaques

  • Ce traitement peut comporter des effets secondaires et des risques graves et conviendrait seulement à une faible proportion de personnes qui ont une forme très active de sclérose en plaques. Celles qui ont une incapacité importante depuis longtemps ne pourraient probablement pas en bénéficier.

  • Il s’agit d’une intervention très complexe qui devrait uniquement se faire dans des centres très spécialisés alliant une expertise en traitement par cellules souches sanguines et en prise en charge de patients qui ont la sclérose en plaques.

  • Les personnes intéressées par ce traitement devraient en parler à leur neurologue, qui pourra les recommander à la Clinique de la sclérose en plaques de L’Hôpital d’Ottawa ou à un autre grand hôpital ayant de l’expérience dans ce domaine.

  • Il est à noter que L’Hôpital d’Ottawa ne peut pas traiter les personnes qui n’ont pas d’assurance-santé valide au Canada.
« Notre essai est le premier à montrer la disparition complète et durable de toute activité inflammatoire chez des personnes qui ont la sclérose en plaques », affirme le Dr Atkins, médecin spécialisé en greffe de cellules souches et scientifique à L’Hôpital d’Ottawa et professeur agrégé à l’Université d’Ottawa. « C’est très prometteur. Cela dit, il faut savoir que ce traitement peut comporter des effets secondaires et des risques graves et conviendrait seulement à une faible proportion de personnes qui ont une forme très active de sclérose en plaques. Celles qui ont une incapacité importante depuis longtemps ne pourraient probablement pas en bénéficier. »

« Cette intervention est à envisager comme traitement pour les personnes au stade précoce d’une sclérose en plaques aggressive », précise le Dr Freedman, neurologue et scientifique principal à L’Hôpital d’Ottawa et professeur à l’Université d’Ottawa. « L’essai était relativement petit mais intensif et le suivi possible est le plus long à être réalisé pour un tel groupe de traitement à ce jour. Voilà ce qui rend les résultats aussi convaincants. Cependant, il s’agit d’une intervention très complexe qui devrait uniquement se faire dans des centres très spécialisés alliant une expertise en traitement par cellules souches sanguines et en prise en charge de patients qui ont la sclérose en plaques. »

La sclérose en plaques touche environ 2,3 millions de personnes dans le monde entier et cause des symptômes variés comme une vision trouble, une fatigue extrême et même une paralysie partielle ou complète. Elle se produit lorsque le système immunitaire, qui est censé protéger le corps d’organismes étrangers causant des maladies, s’attaque par erreur au système nerveux central, qui comprend le cerveau, la moelle épinière et le nerf optique. Au stade précoce de la maladie, les personnes touchées éprouvent souvent des symptômes épisodiques (des « poussées ») qui empirent et sont accompagnés d’une inflammation active au cerveau, puis, la progression de la maladie devient inévitable.

L’essai a évalué un traitement appelé « immunoablation et greffe autologue de cellules souches hématopoïétiques ». On donne d’abord à la personne un médicament qui incitera ses cellules souches hématopoïétiques à passer de la moelle osseuse au sang. Puis, on recueille ces cellules souches dans le sang pour les purifier et les surgeler. Ensuite, la personne reçoit de fortes doses de médicaments de chimiothérapie pour supprimer son système immunitaire malade. On transplante alors à nouveau dans le corps de la personne les cellules souches pour qu’elles produisent un nouveau système immunitaire qui n’a aucun « souvenir » d’une tendance à attaquer le système nerveux central.

En tout, 24 participants ayant une sclérose en plaques aggressive avec des poussées ont participé à l’essai. On les a suivis pendant 4 à 13 ans après leur traitement (le suivi médian étant de 6,7 ans).

Après le traitement :

• Aucun participant n’a fait de poussée clinique (zéro poussée en 179 années-patients), tandis qu’avant, ils faisaient en moyenne 1,2 poussée par année (167 poussées en 146 années-patients).

• Aucun participant n’a eu de nouvelle lésion inflammatoire active au cerveau (zéro lésion sur 327 examens d’IRM), tandis qu’avant le traitement, 48 examens d’IRM ont révélé 188 lésions.

• Aucun participant n’a dû prendre de médicament pour traiter la sclérose en plaques.

• 70 % des participants ont vu la progression de leur maladie cesser complètement.

• L’atrophie du cerveau, qui s’accentue normalement à mesure que la maladie progresse, est revenue dans les moyennes normales associées au vieillissement.

• Chez 40 % des participants, des symptômes se sont résorbés définitivement, comme la perte de vision, la faiblesse musculaire et les problèmes d’équilibre.

• Des participants ont pu retourner au travail ou aux études ou ont retrouvé la capacité de conduire, se sont mariés et ont eu des enfants.

Une participante, Jennifer Molson, a reçu un diagnostic de sclérose en plaques en 1996, lorsqu’elle avait seulement 21 ans. Elle a reçu sa greffe en 2002.

« Avant ma greffe, je ne pouvais pas marcher ni travailler et je devais vivre au Centre de réadaptation de L’Hôpital d’Ottawa, car je n’étais pas autonome, explique-t-elle. Maintenant, je peux marcher sans aide, vivre chez moi et travailler à temps plein. J’ai aussi pu me marier, descendre l’allée avec mon père et danser avec mon mari. J’ai même fait du ski alpin. Grâce à cette recherche, j’ai eu une deuxième chance dans la vie. »



« La Société canadienne de la sclérose en plaques est fière de participer à ce nouveau tournant dans le traitement de la sclérose en plaques », affirme Yves Savoie, président et chef de la direction de la Société. « Ce qui au départ était une idée audacieuse s’est traduit en option de traitement pour les gens qui ont une sclérose en plaques cyclique très active. La publication des résultats de l’étude informera les cliniciens des risques et des avantages de l’intervention et ouvrira la voie à une nouvelle recherche qui pourrait aider toutes les personnes qui ont une forme quelconque de la maladie ».

« Cela fait des décennies que nous traitons la leucémie selon le même principe, mais procéder ainsi pour des maladies auto-immunes est relativement nouveau, affirme le Dr Atkins, qui est aussi directeur médical pour le Programme de médecine régénératrice de l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa. On le fait seulement pour les cas très graves, car l’intervention comporte d’importants risques d’infection et d’autres effets secondaires, pouvant aller jusqu’à la mort. Les risques ressemblent, en fait, à ceux du traitement similaire administré à des personnes qui ont la leucémie. »

Effectivement, un participant de l’étude est décédé d’une insuffisance hépatique (foie) et un autre a dû recevoir des soins intensifs pour des complications du foie. Le régime de traitement a été modifié au cours de l’étude pour réduire la toxicité, mais tous les participants ont eu de la fièvre, associée dans bien des cas à une infection.

« D’autres chercheurs ont examiné cette intervention récemment chez des personnes qui ont la sclérose en plaques, affirme le Dr Freedman, qui est aussi directeur de la recherche sur la sclérose en plaques à L’Hôpital d’Ottawa. Mais notre essai était unique, car nous avons administré un mélange plus puissant de médicaments pour supprimer le système immunitaire. Nous avons suivi les patients pendant très longtemps et la majorité de nos participants ont réagi de manière significative et durable au traitement. »

Les personnes intéressées par ce traitement devraient en parler à leur neurologue, qui pourra les recommander à la Clinique de la sclérose en plaques de L’Hôpital d’Ottawa ou à un autre grand hôpital ayant de l’expérience dans ce domaine. Il est à noter que L’Hôpital d’Ottawa ne peut pas traiter les personnes qui n’ont pas d’assurance-santé valide au Canada.

L’étude a été approuvée par le Conseil d’éthique de la recherche du Réseau de science de la santé d’Ottawa et est enregistrée à https://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT01099930. Les chercheurs principaux sont aussi affiliés au Réseau de cellules souches, à l’Institut ontarien de médecine régénératrice et à l’Institut de recherche sur le cerveau de l’Université d’Ottawa.

« Nous remercions les patients de tout le pays qui ont participé à cet essai clinique et les membres de leur famille », souligne Marjorie Bowman, coordonnatrice de l’essai et infirmière de pratique avancée à L’Hôpital d’Ottawa. « Leur courage et leur dévouement sont remarquables. »

Référence complète : «Immunoablation and autologous haemopoietic stem-cell transplantation for aggressive multiple sclerosis: a multicentre single-group phase 2 trial. » Harold L Atkins, Marjorie Bowman, David Allan, Grizel Anstee, Douglas L Arnold, Amit Bar-Or, Isabelle Bence-Bruckler, Paul Birch, Christopher Bredeson, Jacqueline Chen, Dean Fergusson, Mike Halpenny, Linda Hamelin, Lothar Huebsch, Brian Hutton, Pierre Laneuville, Yves Lapierre, Hyunwoo Lee, Lisa Martin, Sheryl McDiarmid, Paul O’Connor, Timothy Ramsay, Mitchell Sabloff, Lisa Walker, Mark S Freedman. The Lancet, le 9 juin, 2016. http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(16)30169-6/abstract

Audiovisuel : Des photos du Dr Atkins, du Dr Freedman, de Marjorie Bowman et de Jennifer Molson sont disponibles ici. Des vidéos et d’autres photos des participants à l’essai sont disponibles sur demande.

Au sujet de L’Hôpital d’Ottawa : Inspiré par la recherche. Guidé par la compassion. L’Hôpital d’Ottawa est l’un des plus importants hôpitaux d’enseignement et de recherche au Canada. Il est doté de plus de 1 100 lits, d’un effectif de quelque 12 000 personnes et d’un budget annuel d’environ 1,2 milliard de dollars. L’enseignement et la recherche étant au cœur de nos activités, nous possédons les outils qui nous permettent d’innover et d’améliorer les soins aux patients. Affilié à l’Université d’Ottawa, l’Hôpital fournit sur plusieurs campus des soins spécialisés à la population de l’Est de l’Ontario. Cela dit, nos techniques de pointe et les fruits de nos recherches sont adoptés partout dans le monde. Notre vision consiste à améliorer la qualité des soins et nous mobilisons l’appui de toute la collectivité pour mieux y parvenir. Consultez www.ohri.ca pour en savoir plus sur la recherche menée à L’Hôpital d’Ottawa.

À propos de la Société canadienne de la sclérose en plaques et de la Fondation pour la recherche scientifique sur la sclérose en plaques : La Société canadienne de la SP est déterminée à contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes touchées par la SP et à financer des travaux de cherche de pointe qui permettront la découverte d’un moyen de guérir la SP. La Fondation pour la recherche scientifique sur la SP finance de vastes études coopératives multicentriques et innovatrices qui favoriseront des avancées majeures dans le domaine de la sclérose en plaques. Cet organisme, don’t les fonds proviennent principalement de la Société canadienne de la SP, s’avère une ressource unique au Canada. Pour faire un don à la Société de la SP ou pour obtenir de plus amples renseignements, rendez-vous à scleroseenplaques.ca ou composez le 1 800 268 7582.

Au sujet de l’Université d’Ottawa : L’Université d’Ottawa compte plus de 50 000 étudiants, professeurs et employés administratifs qui vivent, travaillent et étudient en français et en anglais. Notre campus est un véritable carrefour des cultures et des idées, où les esprits audacieux se rassemblent pour faire naître des idées novatrices. Nous sommes l’une des 10 meilleures universités de recherche du Canada. Nous sommes l’un des rares établissements canadiens à figurer au classement des 200 meilleures universités du monde. www.uottawa.ca

Renseignements

• Jennifer Ganton, Directrice, Communications et relations publiques, Institut de recherche de L’Hôpital d’Ottawa, 613-798-5555, poste 73325, 613-614-5253 (cellulaire), jganton@ohri.ca

• Lindsay Gulin, Spécialiste, Relations médias, Société canadienne de la sclérose en plaques, 1-800-268-7582, poste 3245, lindsay.gulin@mssociety.ca

• Sylvie Bastien, Directrice des communications, Société canadienne de la SP, Division du Québec, 514 849-7591, poste 2285, sbastien@scleroseenplaques.ca